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Marché de l’emploi

L’IA va-t-elle remplacer les métiers du marketing ?

La question revient à chaque sortie de modèle, et la réponse arrive toujours sous forme de tribune. Les statistiques publiques disponibles disent quelque chose de moins spectaculaire et de plus utile.

Publié le 5 août 2026 9 min de lecture Marché de l’emploi

Ce qu’il faut retenir

  • La Direction générale du Trésor conclut que l’effet net de l’IA sur l’emploi reste indéterminé, faute de recul et en raison d’une adoption encore limitée par les entreprises.
  • Les premières vagues de licenciements attribuées à l’IA se concentrent dans la finance et l’informatique, pas dans le marketing.
  • Seule une minorité d’entreprises anticipe une baisse d’effectifs liée à l’IA, mais 38 % des grandes entreprises prévoient une évolution des compétences recherchées (Apec).
  • En février 2026, 3,4 % des offres publiées en France mentionnaient l’IA ; le développement informatique est à 21 %.

Ce que dit l’analyse économique publique

La note Trésor-Éco n° 391, publiée le 30 juin 2026, est le document le plus sobre disponible sur le sujet. Sa conclusion tient en une phrase : les études empiriques ne permettent pas de déterminer l’effet total de l’IA sur l’emploi, faute de recul suffisant et en raison d’une adoption encore limitée par les entreprises.

Le raisonnement repose sur deux canaux opposés. D’un côté, l’IA peut se substituer à des travailleurs dont les tâches sont automatisables. De l’autre, elle peut accroître leur productivité et donc stimuler la demande de main-d’œuvre. Lors des révolutions technologiques précédentes, rappellent les auteurs, les emplois créés par la nouvelle technologie ont compensé ceux qui avaient disparu, et le contenu des professions s’est transformé en profondeur. C’est cette seconde partie de la phrase qui concerne directement un marketeur : la transformation du contenu du métier est documentée, la disparition du métier ne l’est pas.

La note relève tout de même deux signaux à surveiller. Les premières vagues de licenciements attribuées à l’IA se concentrent dans les secteurs les plus exposés, la finance et l’informatique, avec cette nuance importante que l’adoption de l’IA sert parfois de prétexte masquant d’autres motifs. Et l’insertion professionnelle des jeunes semble ralentir. Enfin, un chiffre d’opinion utile pour comprendre l’ambiance : 62 % des Français voient l’IA comme un risque pour l’emploi, selon le baromètre du numérique 2025 cité dans la note.

Ce que montrent les offres d’emploi

Les offres publiées constituent le signal le plus rapide, à défaut d’être le plus complet. Indeed Hiring Lab mesure qu’en février 2026, 3,4 % des offres françaises mentionnaient l’IA. La répartition sectorielle est écrasante : environ une offre sur cinq dans le développement informatique (21 %), 15,4 % dans l’administration systèmes et réseaux, 12,4 % dans la banque et la finance. Les métiers de la tech ont gagné 6 à 8 points en un an.

Le marketing n’apparaît pas dans le haut de ce classement. Deux lectures possibles, et il faut les tenir ensemble : soit la demande en compétences IA y est plus faible, soit elle y est déjà si banalisée qu’elle ne se signale plus dans le texte des annonces. Dans les fiches de poste que je vois passer côté annonceurs, c’est plutôt la seconde : on ne demande plus « maîtrise de l’IA », on demande un volume de production qui n’est atteignable qu’avec.

Un dernier repère replace tout le reste : le volume total d’offres publiées en France a été divisé par deux depuis le pic de décembre 2022 et se situe désormais sous son niveau de février 2020. Attribuer ce recul à l’IA serait un raccourci commode. Les intentions d’embauche mesurées par l’enquête Besoins en main-d’œuvre 2026 reculent de 6,5 %, à 2,275 millions, dans un contexte économique qui n’a rien de spécifiquement technologique.

Ce que les entreprises déclarent elles-mêmes

L’enquête « Les cadres et l’IA » de l’Apec, publiée en mai 2026, interroge les deux côtés du marché. Côté employeurs, seule une minorité d’entreprises projette une diminution des effectifs en raison de l’IA. En revanche, plus d’un quart des TPE, un tiers des PME et 38 % des grandes entreprises envisagent une évolution des compétences des profils recherchés. Le mot juste n’est donc pas « suppression », c’est « redéfinition ».

IndicateurValeurSource
Offres françaises mentionnant l’IA (février 2026)3,4 %Indeed Hiring Lab
Offres du développement informatique mentionnant l’IA21 %Indeed Hiring Lab
Grandes entreprises anticipant une évolution des compétences recherchées38 %Apec, mai 2026
Cadres estimant un impact fort sur leur propre métier39 % (+ 4 points en un an)Apec, mai 2026
Cadres déclarant avoir été formés à l’IA29 %Apec, mai 2026
Français voyant l’IA comme un risque pour l’emploi62 %Baromètre du numérique 2025, cité par la DG Trésor
Intentions d’embauche 2026, tous secteurs2,275 millions (– 6,5 %)France Travail

Côté cadres, la perception est ambivalente et c’est en soi une donnée : 38 % voient l’IA comme une opportunité pour leur métier, 23 % comme une menace, et 39 % comme les deux à la fois. La moitié des cadres l’utilisent au moins une fois par semaine, en hausse de 15 points sur un an, mais 29 % seulement déclarent avoir été formés.

Ce qui change vraiment dans le métier

Sur le terrain, le déplacement est net et il ne se lit pas dans un titre de poste. Il se lit dans la répartition des heures.

  • La production de premier jet perd de la valeur. Rédiger une fiche produit, une variante d’annonce ou un brouillon de newsletter ne se facture plus au temps passé.
  • Le cadrage en gagne. Décider quoi produire, pour quelle audience, avec quel angle et quel indicateur de succès reste un travail de jugement, appuyé sur des données que l’outil n’a pas.
  • Le contrôle devient une ligne de prestation à part entière. Vérifier un chiffre, une source, une affirmation juridique, une cohérence de marque : c’est là que se situe le risque du client, donc sa disposition à payer.
  • Les postes juniors de pure exécution se raréfient. C’est cohérent avec le ralentissement de l’insertion des jeunes relevé par la DG Trésor, sans qu’un lien de causalité soit établi.

Comment lire une tribune sur le sujet

Trois questions suffisent à trier. Sur quelles données porte l’affirmation, et sont-elles françaises ? Le chiffre décrit-il des intentions déclarées, des offres publiées ou des emplois réellement supprimés — ce sont trois univers distincts ? Et qui parle : un éditeur d’outils a intérêt à ce que la substitution paraisse imminente, un organisme de formation aussi.

Ce qu’un dirigeant de TPE devrait faire de tout ça

La question posée en titre est mal calibrée pour une petite structure. Un dirigeant de TPE n’arbitre pas entre garder ou supprimer un poste de marketeur : la plupart du temps, il n’en a pas. Sa vraie décision porte sur l’allocation de quelques heures par semaine et de quelques milliers d’euros par an.

Dans ce cadre, l’effet le plus tangible de l’IA n’est pas la substitution mais l’abaissement du seuil d’entrée. Des tâches qui justifiaient hier de sous-traiter à une agence — décliner des visuels, produire des variantes d’annonces, rédiger des réponses aux avis clients, préparer un plan éditorial — sont désormais internalisables. En contrepartie, le travail qui justifie encore de payer un professionnel s’est resserré : positionnement, arbitrage budgétaire, mesure, et prise de risque sur ce qui est publié au nom de la marque.

La conséquence pour la formation est directe. Former son équipe à produire avec l’IA a un retour rapide mais plafonné : les gains se voient en quelques semaines puis s’arrêtent. Se former à décider — quel canal, quel budget, quel indicateur, quand arrêter une campagne — a un retour plus lent et durable. Les deux ne se financent pas de la même manière et ne s’évaluent pas sur le même horizon, et confondre les deux est la façon la plus courante de gaspiller un budget formation.

En résumé

Aucune source publique française ne documente aujourd’hui une destruction d’emplois marketing imputable à l’IA. Ce que les données montrent, c’est une adoption rapide chez les cadres, une demande explicite encore concentrée sur les métiers techniques, et un redécoupage des compétences attendues plutôt qu’une réduction des effectifs. Le risque professionnel réel n’est pas d’être remplacé par un modèle : c’est de rester positionné sur la partie du métier dont le prix s’effondre.

Faites le point

Où en êtes-vous vraiment sur ce sujet ?

Quatre questions, trente secondes. À la fin, une orientation honnête — y compris « ce n’est pas le moment ».

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